
Octobre s’installe. Les journées raccourcissent, les ombres s’allongent et l’imagination prend parfois des chemins inattendus.
« Maman, est-ce qu’il va y avoir un orage ce soir? »
« Et si tu avais un accident? »
« Je ne veux pas aller à l’école demain… »
« Est-ce que mes amis vont encore vouloir jouer avec moi? »
« Et s’il y avait une abeille dehors? »
« Et si je faisais encore un cauchemar cette nuit? »
Au début, on rassure.
On explique, on encourage, on cherche les bons mots.
« Ça va bien aller. »
« Tu te souviens? Tu as déjà traversé plusieurs orages. »
« Ton ami était peut-être simplement contrarié aujourd’hui. »
« Je reviens te chercher après l’école, comme prévu. »
Et pendant un moment, les paroles semblent faire leur chemin. L’enfant retrouve son sourire, retourne jouer, reprend ses activités.
Puis, soudainement…
« Oui, mais… et si? »
Et si l’orage arrivait quand même? Et si maman avait un accident? Et si mon ami ne voulait plus jouer avec moi?
Alors, on rassure de nouveau. On explique autrement. On propose des solutions.
Et parfois, sans même qu’on s’en rende compte, l’inquiétude commence à prendre de plus en plus de place.
Quand l’inquiétude commence à diriger le quotidien
L’enfant surveille le ciel, même lorsque le soleil brille. Il préfère rester à l’intérieur parce qu’un orage est annoncé pour plus tard.
Il repousse l’heure du coucher, craignant de refaire un cauchemar. Il ressent un mal de ventre avant de partir pour l’école.
Un petit désaccord avec un ami devient une grande préoccupation.
« Pourquoi il m’a dit ça? »
« Est-ce qu’il est encore mon ami? »
« Est-ce qu’il voudra jouer avec moi demain? »
L’enfant repasse la situation dans sa tête. Il imagine ce qui pourrait arriver, anticipe le rejet et construit parfois tout un scénario à partir d’un simple événement.
Et cette inquiétude ne se manifeste pas toujours par des questions ou des larmes. Parfois, elle se cache derrière l’irritabilité, l’opposition ou de grandes réactions au retour à la maison.
Une petite contrariété peut alors provoquer une réaction qui semble disproportionnée. Pourtant, derrière cette réaction, il peut y avoir un enfant qui a passé une bonne partie de sa journée à composer avec ses inquiétudes.
Pourquoi les paroles rassurantes ne suffisent-elles pas toujours?
Pour les parents, cela peut devenir déroutant. On explique. On rassure. On encourage. On cherche des solutions.
L’enfant sait pourtant que son parent revient habituellement le chercher après l’école. Il a déjà traversé plusieurs orages. Il a déjà vécu des désaccords avec ses amis et retrouvé le plaisir de jouer avec eux.
Alors, pourquoi l’inquiétude revient-elle?
Parce que savoir quelque chose et réussir à se sentir rassuré sont deux expériences différentes.
Lorsqu’une inquiétude s’installe, le cerveau peut accorder beaucoup d’importance à ce qui pourrait mal tourner, même lorsque la situation redoutée est peu probable.
Les paroles rassurantes peuvent apporter un soulagement immédiat. Mais lorsque l’enfant ressent constamment le besoin d’obtenir de nouvelles certitudes, l’inquiétude peut revenir rapidement.
Il ne s’agit pas de cesser de rassurer, mais d’aider progressivement l’enfant à développer ses propres repères et à mieux composer avec l’incertitude.
L’imagination : une force qui peut aussi devenir une alliée
L’imagination possède une force remarquable. Elle peut transformer une simple possibilité en un scénario qui semble presque réel dans le monde intérieur de l’enfant.
Un petit « Et si… » peut rapidement devenir une grande histoire. Et cette histoire peut provoquer de véritables réactions émotionnelles et physiques.
Mais voici ce qui est intéressant…
Cette même imagination peut aussi devenir une formidable alliée.
Elle peut aider l’enfant à envisager d’autres possibilités, à retrouver des souvenirs de réussite et à se représenter de nouvelles façons de réagir.
Une pensée peut être regardée autrement. Un scénario intérieur peut être transformé. Une émotion qui prend beaucoup de place peut progressivement laisser davantage d’espace au calme, à la confiance et aux solutions.
Ces apprentissages demandent parfois du temps, de la répétition et un accompagnement adapté aux besoins de chaque enfant.
Passer de « Et si… » à « Je sais quoi faire »
Il ne s’agit pas de dire à l’enfant : « Arrête d’avoir peur. » Ni de lui promettre qu’il n’aura plus jamais d’inquiétudes.
Il s’agit plutôt de l’aider à découvrir qu’une pensée, même très impressionnante, n’est pas nécessairement une réalité.
Et surtout, qu’une pensée n’a pas à décider de la suite.
Nous ne pouvons pas empêcher tous les orages. Nous ne pouvons pas faire disparaître toutes les abeilles. Nous ne pouvons pas contrôler chaque situation vécue à l’école.
Et nous ne pouvons pas répondre indéfiniment à tous les « Et si… » que l’imagination peut inventer.
Mais nous pouvons accompagner l’enfant pour qu’il apprenne à reconnaître ses inquiétudes, à retrouver ses repères et à découvrir des stratégies qui lui conviennent.
Pour qu’il puisse progressivement passer de :
« Et si quelque chose arrivait? »
à :
« Même si cette pensée arrive, je peux apprendre à retrouver mon calme. Je sais quoi faire. »
Le changement ne consiste pas nécessairement à faire disparaître toutes les inquiétudes.
Il peut commencer lorsque l’enfant découvre qu’il peut continuer à avancer, à jouer, à apprendre et à vivre de nouvelles expériences, même lorsqu’une inquiétude se présente.
Ouvrir une nouvelle voie vers la confiance
Si vous reconnaissez votre enfant dans ces mots et que, malgré vos encouragements et vos nombreuses tentatives, les mêmes inquiétudes reviennent encore et encore, sachez qu’il existe différentes façons de l’accompagner.
L’hypnose adaptée aux enfants et le coaching familial peuvent notamment proposer des outils complémentaires de visualisation, de relaxation et de développement des ressources personnelles. Ils ne remplacent toutefois pas une évaluation ou un traitement professionnel lorsque les inquiétudes perturbent de façon importante le quotidien.
Chaque enfant possède son rythme, son histoire et ses forces.
Parfois, un petit changement intérieur ouvre un nouveau chemin… celui de la confiance.
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